Tout Simenon

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Une vie comme neuve

roman

Présentation

Dudon mène, en vieux garçon, une vie réglée et retirée. Pourtant, cet employé modèle a des prédilections étonnantes : il aime à rester sale afin de humer sa propre odeur ; tous les vendredis, il puise dans la caisse de son patron pour se rendre chez « Madame Germaine ». A cause d'une éducation trop maternelle, formaliste, scrupuleuse, il a la hantise de son péché, un péché médiocre, à la fois gratuit et nécessaire, un péché de maniaque qu'il avoue chaque semaine au confessionnal avec une délectation morose. Un jour, au sortir du péché hebdomadaire, Dudon se fait renverser par une voiture : c'est le châtiment du destin, attendu depuis longtemps. Mais c'est aussi, dans son lit d'hôpital, une vie comme neuve qui s'ouvre pour un homme purifié, « sans âge et sans passé ». A présent, tout lui est égal : il oublie sa concierge, ses poissons rouges, etc., et se sent d'une humeur espiègle et enjouée. Tout lui sourit d'ailleurs : il est entre les mains des meilleurs médecins, dans la clinique de luxe où l'a envoyé le responsable de son accident, le riche Lacroix-Gibet – des Vins Gibet – qui craint d'avoir été aperçu par sa victime en compagnie de sa maîtresse. Le même Lacroix va lui proposer de renoncer à son modeste emploi de comptable pour occuper dans ses bureaux un poste à responsabilité, beaucoup mieux rémunéré. Enfin, il n'aura aucune peine à obtenir les faveurs de son infirmière, la grassouillette Anne-Marie, bonne fille sensuelle et instinctive. Une fois rétabli, Dudon épouse Anne-Marie, entre aux entreprises Gibet où il poursuit impitoyablement les irrégularités des gestionnaires. Tout lui est facile : il vit avec égalité et bonne humeur. Mais peu à peu, avec les séquelles de sa fracture du crâne, des douleurs réapparaissent : au cours d'une période de repos qui lui est imposée, il cède à une crise qui le dresse contre sa femme, le rend sombre, désagréable. Sa vie, désormais, ne sera plus comme tout à fait neuve. Un jour, il repasse chez « Madame Germaine », puis au confessionnal... « Ses yeux s'étaient remis à regarder à l'intérieur. »

Les premières lignes…

Il s'attendait depuis si longtemps à une catastrophe – et à une catastrophe survenant précisément à un moment comme celui-là – qu'il fut sans terreur et pour ainsi dire sans surprise. S'il y eut un certain étonnement en lui, c'est qu'après avoir imaginé les événements les plus compliqués il se trouvait devant un fait divers banal, comme on en lit chaque jour dans les journaux.