Tout Simenon

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Un nouveau dans la ville

roman

Présentation

Au début de l'hiver, dans une petite ville, débarque un inconnu, vêtu de façon anonyme, quelconque à tout point de vue. Malgré son apparence, Justin Ward possède une grosse liasse de banknotes qu'il porte toujours sur lui. Ce n'est pas son statut d'étranger à la région qui attire l'attention (la tannerie voisine emploie des immigrés), mais bien son extrême réserve : il vit une vie fort réglée, se conforme aux habitudes de la population ; il rachète même un café-billard, mais ne livre jamais rien de lui-même. Il semble être sans passé, sans pensée et sans ombre. Mais sa seule présence a pour effet de faire naître l'hostilité : n'est-ce pas sous son influence que le « Yougo », un marginal pittoresque, prend conscience qu'on le tolère parce qu'il donne aux autres une bonne idée d'eux-mêmes ? Ce qui le pousse à déclencher une scène de violence. La curiosité inquiète de la ville se cristallise tout entière en la personne de Charlie, le tenancier d'un petit bar où Ward se rend chaque jour et qui s'est juré de pénétrer le mystère de son identité réelle. Il envoie même la photo du « nouveau » à un ami de Chicago, qui l'identifie comme un être malchanceux dont il a connu l'ex-épouse. Mais des révélations ultérieures font apparaître Ward sous un jour tout différent : il s'agit en réalité de « Kennedy », nom sous lequel se dissimule le secrétaire d'un gros industriel responsable du meurtre d'un chef de gang et qu'il a dénoncé pour une prime de 5000 dollars, ce qui lui vaut d'être recherché par les membres de la bande. Les vengeurs descendent sur la ville et liquident Ward-Kennedy. La ville se sent alors exorcisée.

Les premières lignes…

Il se trouva installé dans la ville sans que personne l'eût vu arriver, et on en ressentit un malaise comparable à celui d'une famille qui apercevrait un inconnu dans un fauteuil de la salle commune sans que personne l'ait entendu entrer, ni que la porte se soit ouverte. Il n'était pas descendu du train du matin, qui passe à huit heures, et il était là bien avant le train de nuit. Il n'était pas venu non plus par le bus. Il n'avait pas de voiture ni de vélo. Quant à l'avion, il aurait fallu qu'un appareil privé le déposât à l'aéroport des Quatre-Vents, qui appartient au club local, car il n'y a pas d'aérodrome commercial à moins de cinquante milles.