Tout Simenon

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Tante Jeanne

roman

Présentation

Une femme âgée revient dans son village après quarante ans d'absence. Fatiguée, mal-portante et lasse de la vie, elle y cherche asile et sécurité. Quand elle se décide à se rendre chez son frère Robert qui avait repris le commerce de vins paternel, c'est pour le trouver pendu : on saura plus tard qu'il était au bord de la faillite. Au lieu du réconfort qu'elle espérait, Jeanne Martineau découvre une famille désaxée. Louise, sa belle-sœur, boit et est sujette à des crises d'hystérie. Alice, veuve à vingt ans d'un fils Martineau, affiche une indifférence hautaine, trompe son ennui avec des amis inconnus et abandonnerait volontiers un bébé fort encombrant. Henri, le fils, au caractère faible, comme Madeleine, la fille, orgueilleuse et blessée de ses propres vices, méprisent leur mère. Devant le drame qui vient d'éclater, Jeanne prend en main la direction du ménage, révélant une efficacité qui lui vaudra la confiance de cette famille déchirée. Au fil des aveux que chacun lui fait, apparaît chez elle un sentiment de culpabilité lié au souvenir de son passé : si elle se considère comme l'emblème du destin des Martineau, n'est-elle pas aussi la preuve qu'il y a moyen de le maîtriser, de le surmonter ? C'est à quoi tante Jeanne s'emploiera. Elle aide Henri à s'accommoder de sa médiocrité, dissuade Madeleine de s'enfuir ainsi qu’elle-même l'avait fait, et s'efforce de rendre à Louise sa responsabilité de femme et de mère. La banqueroute de Robert Martineau, qui entraîne la vente des biens après saisie, va contraindre la famille au départ. Jeanne décide de la suivre à Poitiers, malgré l'aggravation d'un œdème à la jambe qui devrait l'obliger au repos. Les nouvelles fatigues qu'elle accepte, l'incompréhension ou l'ingratitude qu'elle rencontrera peut-être chez ceux qu'elle aura entourés et secourus ne pourront empêcher tante Jeanne d'assumer son rôle jusqu'au bout.

Les premières lignes…

A la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n'avait pu résister. Dix fois, traînant à bout de bras sa valise, que les gens accrochaient au passage, elle était passée devant la buvette. Le malaise, dans sa poitrine, était vraiment angoissant et, plus elle approchait du but, plus souvent cela la reprenait. C'était comme une grosse boule d'air - certainement aussi grosse qu'un de ses seins - qui montait vers sa gorge en comprimant les organes et cherchait une issue, cependant qu'elle attendait, anxieuse, immobile, le regard fixe, avec, à certain moment, la certitude qu'elle allait mourir.