Tout Simenon

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Maigret se trompe

roman avec Maigret

Présentation

Un matin pluvieux de novembre, Louise Filon est trouvée assassinée dans son appartement cossu de l'avenue Carnot. Où donc cette ancienne prostituée, connue dans le milieu du quartier de la Chapelle sous le nom de Lulu, trouvait-elle les ressources nécessaires pour vivre depuis deux ans dans un immeuble occupé par la haute bourgeoisie ? Son amant de cœur, le musicien de musette Pierre Eyraud, dit Pierrot, semble bien incapable de lui assurer cette existence. Le commissaire Maigret a bientôt raison du mutisme de la femme de chambre et de la concierge ; il découvre que Louise était entretenue par le professeur Gouin, chirurgien et sommité mondiale en médecine ; il a jadis sauvé la vie de Louise et habite dans le même immeuble. Nœud de l'affaire, Maigret apprend que Louise était enceinte et le savait depuis peu. Son enquête porte tout naturellement sur les deux amants de Louise. Eyraud ayant disparu le lendemain du drame, c'est lui qui est d'abord soupçonné, mais, retrouvé, il fait preuve d'une telle ingénuité, d'un tel sentimentalisme, que Maigret le croit innocent et lui rend sa liberté. Reste Gouin ; l'éminent professeur, dont la personnalité écrase son entourage, pour qui ne compte que le travail, pour qui les femmes ne sont, prétend-on, qu'un divertissement sans importance, aurait-il pu se compliquer l'existence par un meurtre, lui qui ne vise dans la vie que la tranquillité nécessaire à sa profession ? Maigret est bien près de le croire en recueillant les témoignages de la femme du chirurgien, de sa belle-sœur, de son assistante. Il hésite pourtant à interroger le médecin lui-même, en qui il voit, non seulement un « grand bonhomme » dans le domaine scientifique, mais aussi une personnalité au moins égale à la sienne : « Ils étaient plutôt comme contraires, mais des contraires de valeur équivalente ». L'entretien aura pourtant lieu ; Gouin est bien tel que Maigret l'avait imaginé : supérieur, dominateur, mais naturel ; c'est un homme lucide, qui ne se fait aucune illusion sur les êtres. Sa franchise, son souci de la vérité désarment presque le commissaire, auquel il souffle la solution de l'énigme qu'il a devinée : c'est Madame Gouin qui, par jalousie, a tué avec la complicité de sa sœur, son mari lui ayant dit qu'il était prêt à reconnaître l'enfant porté par Louise.

Les premières lignes…

Il était huit heures vingt-cinq du matin et Maigret se levait de table tout en finissant sa dernière tasse de café. On n'était qu'en novembre et pourtant la lampe était allumée. A la fenêtre, Mme Maigret s'efforçait de distinguer, à travers le brouillard, les passants qui, les mains dans les poches, le dos courbé, se hâtaient vers leur travail. - Tu ferais mieux de mettre ton gros pardessus, dit-elle. Car c'est en observant les gens dans la rue qu'elle se rendait compte du temps qu'il faisait dehors.