Tout Simenon

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Les mains pleines

Nouvelle

Les premières lignes…

Il y avait deux heures qu'il était couché, sans dormir, les yeux fixés sur un coin de la chambre où la lune éclairait le mur passé à la chaux, un cadre noir qui contenait un chromo, les barreaux du lit de sa sœur. Il pouvait percevoir le ronflement de son père dans la chambre voisine. Il avait choisi exprès un soir de marché, parce que, ces jours-là, son père buvait quelques verres de vin blanc et avait le sommeil épais. Il sortit les jambes des couvertures, s'habilla sans bruit, ses pieds nus collant à la fraîcheur des carreaux. Il comprenait bien, à la qualité du silence, que sa sœur ne dormait pas ; il devinait ses nerfs tendus ; il aurait presque pu dire à quel moment, tandis qu'il faisait un pas, elle trahirait sa veille.

Également dans le recueil La Rue aux trois poussins :