Tout Simenon

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Les complices

roman

Présentation

Après l'inspection d'un de ses chantiers, Joseph Lambert rentre en voiture avec sa secrétaire, Edmonde Pampin. A Château-Roisin, le car d'une colonie de vacances transportant une quarantaine d'enfants essaie d'éviter la voiture de Lambert, alors que celui-ci, qui use de privautés avec sa passagère, roule au milieu de la chaussée. C'est l'embardée contre un mur et la catastrophe : le car prend feu, tous ses occupants sont carbonisés, sauf une petite fille grièvement brûlée. Edmonde n'a pas bronché devant l'accident et Lambert, quoique pris de panique, n'en continue pas moins sa route. De retour à Tréfoux, où l'événement a mis la ville sens dessus dessous, il apprend l'horreur du drame dont il est responsable. Commence alors pour lui une existence coupée en deux : d'une part, le secret qui l'accable, de l'autre, la routine habituelle partagée entre le bureau, les chantiers et les parties de bridge. Parallèlement à l'enquête de police, se poursuit l'enquête privée de la Compagnie d'assurances du car, cherchant à découvrir l'automobiliste qui a provoqué l'accident. Lambert craint d'être identifié. Murée dans son indifférence, Edmonde n'a rien dit et ne dira rien. Un jour cependant que son patron veut la prendre, comme à l'accoutumée, dans un coin isolé de la campagne, elle se sent bloquée, s'excuse : « Je ne peux pas... » Entre-temps, Joseph Lambert a essayé en vain de trouver un peu de consolation autour de lui : auprès de son épouse, avec laquelle il n'a jamais eu de contact réel, auprès de Léa, une jeune femme facile et gentille qui est sa maîtresse d'occasion. Mais comme il ne peut se confier vraiment, son accablement persiste, d'autant plus qu'après tant d'efforts dépensés pour parvenir à la réussite, lui, que l'on a toujours cru insensible, subit comme une injustice du sort ce malheur qu'il n'a pas voulu. Les difficultés qu'il éprouve avec son frère, cogestionnaire de l'entreprise familiale, ne font qu'exacerber son malaise. Pourtant, si les soupçons venaient à se porter sur lui, il ne se déroberait pas, c'est décidé. Mais les soupçons passent à côté de lui. Alors incapable de survivre à son tourment, Joseph Lambert se tire une balle dans la tête.

Les premières lignes…

Ce fut brutal, instantané. Et pourtant il resta sans étonnement et sans révolte comme s'il s'y attendait depuis toujours. D'une seconde à l'autre, dès le moment où le klaxon se mit à hurler derrière lui, il sut que la catastrophe était inéluctable et que c'était sa faute. Ce n'était pas un klaxon ordinaire qui le poursuivait avec une sorte de colère et d'effroi mais un meuglement pareil à celui qu'on entend, lugubre et déchirant, dans les ports, les nuits de brouillard. En même temps, il voyait, dans son rétroviseur, la masse rouge et blanche d'un énorme autocar qui fonçait, le visage crispé d'un homme aux cheveux grisonnants et il découvrait que lui-même roulait au milieu de la route.