Tout Simenon

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Le veuf

roman

Présentation

Bernard Jeantet, inquiet de ne pas trouver sa femme en rentrant le soir dans son modeste appartement de la Porte Saint-Denis, apprendra par la police, après deux jours d'attente, qu'elle s'est empoisonnée au gardénal, dans une chambre d'un luxueux hôtel meublé des Champs-Elysées. La mise en scène dont elle s'est entourée – robe blanche, fleurs, champagne – rend sa mort d'autant plus troublante que l'ami qui venait chaque semaine la rejoindre en cet hôtel est, au moment du drame, éloigné de Paris pour ses affaires. Jeantet est persuadé qu'avant de se donner la mort, sa femme a dû laisser une lettre. Cette lettre, qu'il réclame en vain aux inspecteurs chargés de l'enquête comme au personnel du meublé, lui expliquerait sans doute le mobile d'un acte qu'il cherche à comprendre. Jeanne Moussu n'était-elle pas heureuse depuis qu'il l'avait épousée après l'avoir recueillie, huit ans plus tôt, et sauvée, alors qu'elle était fille en carte, de la vengeance d'un souteneur ? Installé dans son veuvage, Jeantet repasse le temps vécu en compagnie de Jeanne : les difficultés de leur entente physique, la médiocrité d'une existence faite de monotonie et de quiétude apparente. Pas d'autres témoins qu'une vieille demoiselle qui habite l'étage supérieur avec Pierre, un garçonnet de 10 ans qu'elle élève. Mais les insinuations de plus en plus précises de cette Mlle Couvert (« Jeanne ne cherchait même pas à être heureuse »), puis la révélation que Pierre est le fils que Jeanne n'a osé avouer à Jeantet font comprendre à celui-ci que sa bonne volonté n'a été prise que pour de la mollesse et de l'indulgence. Et une indulgence chichement mesurée, comme le lui fera sentir avec dureté l'ami de la victime, le riche M. Jacques Beaudoin, au cours d'une entrevue où Jeantet comprend enfin qu'il est désormais superflu de rechercher la mystérieuse lettre de Jeanne, cette lettre dont la femme de l'inspecteur Sauvegrain retrouve par hasard quelques débris d'enveloppe en nettoyant le pantalon de son mari...

Les premières lignes…

Il n'avait pas plus de prémonition que les voyageurs qui, dans un train, mangent au wagon-restaurant, lisent, bavardent, sommeillent ou regardent défiler la campagne quelques instants avant la catastrophe. Il marchait, sans s'étonner de l'aspect de vacances que Paris venait de prendre presque du jour au lendemain. N'en est-il pas ainsi tous les ans, à la même époque, avec les mêmes journées de chaleur pénible et le désagrément des vêtements qui collent à la peau ?