Tout Simenon

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Le train de Venise

roman

Présentation

Au retour des vacances, Justin Calmar prend seul le train de Venise à Paris ; sa femme et ses enfants rentreront quelques jours plus tard. Dans son compartiment, un étranger parvient habilement à obtenir toutes sortes de renseignements sur son compte. Calmar a honte de sa complaisance, mais cela ne l'empêche pas d'accepter la mission que lui confie l'inconnu : à Lausanne, où Calmar a deux heures d'attente avant sa correspondance, retirer une petite valise à la consigne de la gare et la porter dans une rue proche, chez une certaine Arlette Staub. L'étranger, qui doit poursuivre son voyage jusqu'à Genève, sort du compartiment à un moment donné et ne reparaît plus. Troublé ; Calmar se rend néanmoins chez Arlette Staub, mais c'est pour y découvrir le corps d'une jeune femme assassinée. Il s'enfuit, rentre chez lui à Paris avec la valise et constate qu'elle contient une fortune en argent américain et anglais. Commence alors le supplice de l'honnête Justin Calmar. Que faire ? La police ? On ne le croirait pas : son histoire est invraisemblable. Garder l'argent ? Mais où ? Après des hésitations, les consignes de gare lui paraissent un lieu plus sûr que son appartement pour déposer la mallette qui a remplacé la valise trop compromettante. Seulement, il faut la déplacer et aller régulièrement d'une gare à l'autre. Cependant, la lecture de « La tribune de Lausanne » le renseigne sur l'enquête ouverte après la mort d'Arlette Staub. N'est-il pas menacé ? A son travail comme chez lui, on s'inquiète de sa mauvaise mine. Il se sent prisonnier des mensonges qui lui servent à justifier certaines dépenses inhabituelles. Calmar découvre ainsi qu'il n'a jamais eu de vie vraiment personnelle puisqu'il dépend des autres plus que de lui-même. Or, voici qu'il en a une, grâce à cette mallette qui lui est devenue une corne d'abondance. Les cadeaux offerts à sa femme et à ses enfants sont expliqués par de prétendus gains au tiercé. Mais, au milieu de sa solitude de plus en plus pénible, personne ne peut le comprendre... Et pourtant, si, quelqu'un le peut : une collègue de bureau, la laide Mme Denave qui l'a rencontré un jour à la consigne de la gare de l'Est, alors qu'il changeait sa mallette. Elle croit avoir deviné qu'il a des besoins d'argent et elle voudrait l'aider : elle s'offre à lui, corps et âme. Cela se passe dans le bureau, un samedi après-midi. Calmar se laisse posséder plus qu'il ne possède cette femme qu'il ne désire pas. Et lorsqu'il se relève, c'est pour constater que son patron, que l'on croyait éloigné de Paris, a été le témoin de cette scène grotesque. Alors, Calmar, honteux et désespéré, à demi inconscient, se jette par la fenêtre.

Les premières lignes…

Pourquoi toute l'image était-elle centrée sur sa fille ? Cela le gênait un peu, ou plutôt c'est après surtout qu'il y pensa, une fois le train en marche. Et encore ne fut-ce, en réalité, qu'une impression fugace, née au rythme du wagon et aussitôt absorbée par le paysage. Pourquoi Josée et non sa femme ou son jeune fils, alors qu'ils étaient groupés tous les trois dans la moiteur du soleil ? Peut-être parce que la silhouette de sa fille, dans une gare, debout devant un train en partance, était plus incongrue ? Elle avait douze ans; elle était grande et mince, les jambes et les bras encore grêles, et les bains de mer, le soleil de la plage avaient donné à ses cheveux blonds des reflets argentés.