Tout Simenon

Retour à la liste

Le petit homme d'Arkhangelsk

roman

Présentation

Petit commerçant timide et effacé, à l'allure enfantine, vivant de la vie simple du Vieux-Marché et de ses habitants, Jonas Milk a épousé sa femme de ménage – une belle fille aguichante – dans un mouvement de tendresse et pour lui « procurer la tranquillité ». En deux ans de mariage, ils ont peu de contacts. Mais Jonas tient à sa femme, à qui il ne fait jamais aucun reproche, pas même celui de ses infidélités. Un jour, Gina disparaît, emportant les timbres rarissimes que la passion philatélique de Jonas était parvenu à réunir. Quand on lui demande où est sa femme, il répond machinalement : « Elle est allée à Bourges » (où, effectivement, elle se rend parfois). Ce mensonge bénin l'amène à d'autres mensonges. Peu à peu, le « petit homme » sent croître autour de lui l'hostilité de son quartier. Après les questions, c'est le silence méfiant. On le soupçonne d'avoir fait disparaître sa femme, et il ne peut absolument pas justifier ses contradictions. Devant le vide qui l'entoure, il se rend compte qu'aux yeux des autres, il est resté l'étranger, bien qu'il n'ait vécu qu'un an en Russie et qu'il ait oublié la langue de ses parents. Un jour, la femme de chambre d'un hôtel de la ville lui apporte la preuve que Gina rencontrait régulièrement un ingénieur de Paris et qu'elle est partie avec lui. Malgré ce témoignage qui l'innocenterait, en particulier au commissariat de police, le petit homme d'Arkhangelsk se pend dans la cour de sa maison.

Les premières lignes…

Il eut le tort de mentir. Il en eut l'intuition au moment où il ouvrait la bouche pour répondre à Fernand Le Bouc et c'est par timidité, en somme, par manque de sang-froid, qu'il ne changea pas les mots qui lui venaient aux lèvres. Il dit donc : — Elle est allée à Bourges. Le Bouc demanda, tout en rinçant un verre derrière son comptoir : — La Loute y est toujours ? Il répondit sans le regarder : — Je suppose.