Tout Simenon

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Le nègre

roman

Présentation

Théo n'a pas été choyé par la vie : borgne de naissance, enfant de l'Assistance, aujourd'hui abandonné par sa femme. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, près d'Amiens, il vit hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Un jour, le cadavre d'un Noir est découvert près de la ligne du chemin de fer. L'hypothèse qui prévaut est que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train, dans la courbe proche. Mais Théo en sait plus que les autres : à la nuit tombante, le train étant reparti, il a vu le nègre prendre la direction de Versins. Son heure est donc venue : il va « leur montrer » son importance... Cependant, s'il y a eu crime, quel en est le mobile ? Or, à Versins, le riche Cadieu vient de mourir et l'on sait par ailleurs que son fils, décédé depuis longtemps, s'était expatrié en Oubangui où il avait eu un garçon d'une indigène. Ses deux neveux, Nicolas et François, auraient-ils liquidé le petit-fils du vieux, seul obstacle à leur héritage ? C'est ce que pense Théo, qui soupçonne plus précisément Nicolas, un fier-à-bras. Il imagine alors un stratagème qui lui permettrait de tirer avantage de la situation : plutôt que de dénoncer le crime à la police, il exercera un chantage auprès de Nicolas ; celui-ci sera trop heureux de débourser quelques millions qui, en lui assurant la paix, procureront à Théo de quoi prendre une retraite dorée. Rêve digne de Perrette, que, dans un mélange de triomphe et de rancœur, Théo avive encore par l'alcool. Mais, pendant que Théo fait des projets et se tait, l'enquête progresse et aboutit : ce sont bien les héritiers qui ont éliminé le nègre. Sur le point d'être arrêté, l'un se suicide et l'autre prend la fuite. Théo, dont on ne parle même pas dans le journal, n'a jamais rien eu à « leur montrer »...

Les premières lignes…

Un jour, je leur montrerai... Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.