Tout Simenon

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Le fils

roman

Présentation

Peu après la mort de son père, Alain Lefrançois décide de se raconter par lettre à son fils, Jean-Paul, au moment où il va devenir un homme. Il lui parle de la vie de ses grands-parents, gens de la haute bourgeoisie, de son métier, qui le satisfait, et de sa vie conjugale, qui n'est qu'une demi-réussite. Au rappel de récentes disputes familiales relatives à la succession, il remonte à la période de ses études de droit à Poitiers, de sa mobilisation, de son mariage ; il évoque ses réactions lorsqu'il apprit qu'il allait être père. Enfin, Lefrançois en arrive, « malgré sa répugnance », à parler de son adolescence et de sa jeunesse. Celle-ci est lourde d'un secret. Etant fils de préfet, le jeune homme qu'il était alors s'estimait différent des autres parce que les parents de ses amis dépendaient de son père. Par besoin de changement, il se lie avec Nicolas, l'un des jeunes les plus défavorisés de la société, et il lui arrive d'aller voir les filles, ce dont « il se lave » en en faisant l'aveu à son père. Peu de temps après, Nicolas, transformé du fait qu'il a une véritable maîtresse, vient lui offrir l'amie de celle-ci. Alain ne tarde pas à en tomber amoureux et obtient la complicité de son père pour faciliter sa liaison. Il rend la jeune fille enceinte. A l'aide d'une sonde vaginale prêtée par son ami Nicolas, qui est étudiant en médecine, il tente de la faire avorter, mais c'est l'accident : la jeune fille meurt dans ses bras. Il cache d'abord le corps, puis avoue le drame à son père qu'il presse d'appeler le commissaire de police. Le père refuse, et malgré les protestations de son gendre, il s'accuse à la place d'Alain. Qu'a-t-il à perdre, lui qui est presque déjà un homme fini ? Ce sacrifice lui vaudra cinq ans de prison (ramenés à une peine effective de trois ans), mais le père a ainsi sauvé l'avenir de son fils. C'est sur cet exemple d'abnégation totale qu'Alain Lefrançois achève sa confession. Peut-être Jean-Paul ne la lira-t-il que beaucoup plus tard ? Qu'importe ! C'est en toute sérénité qu'est formulé l'ultime : « Bonsoir, fils. »

Les premières lignes…

Mon fils, Est-ce que ces deux mots-là te font sourire ? Suffisent-ils à trahir ma gêne ? Je n'ai pas l'habitude de t'écrire. Au fait, je me rends soudain compte que je ne t'ai plus écrit depuis le temps où, enfant, tu partais en vacances plus tôt que moi avec ta mère et où je t'envoyais de courts billets. Je commençais le plus souvent par « Fiston », parfois par « Grand garçon », quelquefois, je m'en souviens, par « Petit homme ». Dans la vie de tous les jours je dis « fils » et, quand j'ai essayé d'écrire ce mot seul en haut de ma page, il m'a paru à la fois nu et solennel. « Mon fils » , d'autre part, me fait penser à un testament.