Tout Simenon

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Le chat

roman

Présentation

Emile est un ancien ouvrier au naturel bourru, sans complications comme sans éducation. Marguerite, à l'opposé, est une femme délicate, d'une douceur affectée, mais sournoise et avare, vivant à côté de la vie. Elle provient d'une famille propriétaire, dans le quartier, de nombreux immeubles qu'on est occupé à démolir. Ils étaient voisins lorsqu'ils se sont rencontrés par hasard et ils se sont mariés, lui à 65 ans, elle à 63, peut-être par peur de la solitude et de la vieillesse. Le souvenir de leur conjoint disparu – sa première femme, Adèle, était une bonne fille d'une gaieté communicative ; son premier mari, Charmois, était un musicien aux manières distinguées – ne fait qu'aviver un manque de compréhension qui ne tarde pas à se muer en hostilité sourde. Une circonstance fortuite amène le drame. Emile est alité ; son chat Joseph, que Marguerite n'a jamais accepté, disparaît. Emile finit par le découvrir dans la cave, probablement empoisonné. Il comprend qu'à travers le chat, c'est lui qu'on a voulu atteindre. Sa vengeance (« il est temps qu'il devienne méchant à son tour ») se reporte sur le perroquet de Marguerite. Commence alors la petite guerre : les deux vieux ne se parleront plus que par billets. C'est la lente instauration de deux existences parallèles, où les adversaires s'évitent et s'épient. Leurs billets, toujours laconiques, s'efforcent de faire mouche au point sensible. Par des subtilités sans cesse renouvelées, chacun tente de prouver à l'autre que sa présence ne le gêne pas et qu'il n'a pas besoin de lui. Sans qu'ils s'en rendent compte, ce jeu leur est nécessaire : une tentative de vie séparée avorte. Emile revient et Marguerite renonce à chercher des alliés extérieurs. L'enfer recommence, toujours ponctué par le vacarme des démolisseurs du quartier. Un jour, Emile trouve sa femme morte. Est-ce à ce choc qu'il doit le malaise subit qui le fait transporter à l'hôpital ? Dans son cerveau embrumé, une seule chose lui devient évidente : il n'est plus rien.

Les premières lignes…

Il avait lâché le journal, qui s'était d'abord déployé sur ses genoux puis qui avait glissé lentement avant d'atterrir sur le parquet ciré. On aurait cru qu'il venait de s'endormir si, de temps en temps, une mince fente ne s'était dessinée entre ses paupières. Est-ce que sa femme était dupe ? Elle tricotait, dans son fauteuil bas, de l'autre côté du foyer. Elle n'avait jamais l'air de l'observer, mais il savait depuis longtemps que rien ne lui échappait, pas même le tressaillement à peine perceptible d'un de ses muscles.