Tout Simenon

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La porte

roman

Présentation

Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d'activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie. Chaque jour, une collègue de Nelly, Gisèle, la charge d'une commission ou d'un message pour son frère Pierre, jeune dessinateur, paralysé des jambes à la suite d'une polio et qui habite au premier étage de l'immeuble des Foy. Les visites, toujours très brèves, que Nelly – une femme très jolie – fait régulièrement à ce personnage demeuré mystérieux pour Bernard inquiètent ce dernier. Sans raison plausible cependant, car le couple est très uni et Nelly s'ingénie à multiplier les preuves d'attention et de tendresse pour son mari. Mais la jalousie ronge peu à peu cet homme « hypnotisé par une porte, par un bouton de faïence ivoire au point d'avoir envie de le tâter du bout de son crochet ». Un matin, à la veille du jour où le congé annuel va interrompre pour trois semaines les visites de Nelly à l'infirme, Bernard quitte l'appartement quelques instants après elle pour aller faire son marché. Il passe devant la porte entrouverte du premier, alors que sa femme vient d'y entrer : le temps d'apercevoir celle-ci, « de dos, penchée sur un homme assis qui la serrait dans ses bras ». Avant qu'elle ait pu se dégager, soupçonnant une présence derrière elle, Bernard s'est enfui. En proie au trouble le plus profond, il parcourt les rues du quartier et, quand il rentre, il trouve sa femme étendue, sanglante, sur le lit. Elle s'est suicidée. Il ne lui reste plus qu'à en faire autant.

Les premières lignes…

Comme dans beaucoup de vieilles maisons du quartier, les fenêtres, hautes et étroites, descendaient jusqu'à trente centimètres du plancher et des arabesques en fer forgé supportaient la barre d'appui. C'est à travers ces arabesques que Foy, de sa chaise, suivait plus ou moins consciemment les allées et venues de la rue. Il fronça les sourcils quand il vit la petite auto bleue du Dr Aubonne tourner l'angle de la rue des Francs-Bourgeois, s'engager dans la rue de Turenne et, traversant la chaussée en oblique, s'arrêter derrière le camion de la papeterie Herbiveaux.