Tout Simenon

Retour à la liste

La mort d'Auguste

roman

Présentation

Le vieil Auguste, patron du restaurant « Chez l'Auvergnat », s'écroule un soir parmi ses clients, frappé à mort. Il a trois fils : avec Antoine, le second, il s'est associé pour gérer son établissement, un ancien bistrot des Halles qu'il a transformé et qui connaît une vogue sans cesse accrue. Prévenus et bientôt arrivés, les deux autres fils d'Auguste se préoccupent avant tout de l'héritage. Ils soupçonnent Antoine d'avoir dérobé l'argent du père, parce qu'on n'en trouve aucune trace dans la maison. Or, Antoine, qui vit avec le vieil homme depuis de nombreuses années, n'était pas au courant de ses affaires. L'atmosphère se dégrade quand les femmes s'en mêlent et le ton monte avec le troisième fils, Bernard, un raté agressif et toujours en mal d'argent. Ferdinand, lui, quand il évalue à un million de nouveaux francs les économies qu'Auguste, peu dépensier, a dû mettre de côté, sent s'éveiller en lui, dans le magistrat sourcilleux, un héritier avide de pouvoir enfin combler ses besoins. Quant à Antoine, il se montre juste et désireux de régler cette épineuse question le plus calmement possible : sa part de bénéfice lui suffit. La découverte fortuite d'une clé numérotée, puis de l'adresse d'une banque, va permettre aux trois frères l'accès à un coffre qu'avait leur père au Comptoir d'Escompte. Son ouverture les met en présence d'un amas de titres qui sont dépourvus de valeur négociable. C'est l'effondrement des espérances. Auguste avait confié la gestion de son avoir à un homme d'affaires louche, mort en prison deux ans plus tôt. Ferdinand et Bernard se partagent le peu d'argent liquide qui se trouve dans le coffre. Le lendemain matin, ils suivent, indifférents, le corbillard de leur père, tandis qu'Antoine, auprès d'eux, songe à la vicissitude des choses...

Les premières lignes…

De la caisse où elle était assise, sereine et vaguement souriante, Fernande avait vu entrer le couple et elle avait compris tout de suite qu'ils venaient pour la première fois. Ils étaient très jeunes tous les deux, vêtus de neuf des pieds à la tête comme de nouveaux mariés qu'ils étaient sans doute, et, la porte franchie, ils s'étaient efforcés de cacher leur surprise et leur hésitation. Antoine, de la seconde salle, les avait aperçus aussi mais ne s'était pas dérangé, et c'était François, le garçon roux, qui s'était avancé vers eux pour les accueillir.