Tout Simenon

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La fenêtre des Rouet

roman

Présentation

Dans le logement exigu d'une maison qui appartient à sa famille, Dominique Salès vit une existence confinée et insipide. A côté de sa chambre habite un jeune couple, les Caille, dont la vitalité dérange la vieille fille déchue et déçue. En face : la maison des Rouet, riches industriels, le père et la mère au second étage, le fils et la belle-fille au premier. Guettant les moindres faits et gestes de son voisinage, Dominique Salès trouve ainsi une sorte d'existence par procuration. Un jour, elle observe qu'Antoinette Rouet, rentrant chez elle, trouve son mari, qui est cardiaque, en train d'agoniser. Au lieu de le secourir, elle verse les gouttes de son médicament au pied d'une des plantes vertes de l'appartement. Dominique est offusquée et le sera davantage encore par les libertés que s'offre la jeune veuve ; elle lui enverra des lettres anonymes et ira jusqu'à la prendre en filature. Antoinette, qui a rajeuni l'appartement où ses beaux-parents désirent qu'elle continue à vivre, a un premier amant, puis un second qu'elle reçoit chez elle jusqu'au moment où, surprise par les Rouet, elle est chassée de la maison après avoir offert à la vieille fille, qui ne cesse de l'épier, le spectacle d'un scandale délectable. Mais Dominique, depuis quelque temps déjà, s'était prise à envier le goût du plaisir et de la liberté qui dévorait Antoinette. Et voici que les Caille, à leur tour, s'apprêtent à partir avec leur bonheur exubérant. Alors, Dominique Salès, devant le vide qui l'entoure, prend conscience de l'échec de sa propre vie. Désespérée, elle absorbe une dose fatale de somnifères après avoir parsemé son lit de roses et revêtu sa plus belle chemise de nuit – celle qu'elle avait brodée autrefois, lorsqu'elle songeait au mariage.

Les premières lignes…

La sonnerie triviale d’un réveille-matin éclata derrière la cloison, et Dominique sursauta, comme si c’était elle que cette sonnerie - mais n’allait-on donc pas l’arrêter! - était chargée de réveiller, à trois heures de l’après-midi. Un sentiment de honte. Pourquoi ? Ce bruit vulgaire ne lui rappelait que des souvenirs pénibles, vilains, des maladies, des soins au milieu de la nuit ou au petit jour, mais elle ne dormait pas, elle ne s’était même pas assoupie. Pas une seconde sa main n’avait cessé de tirer l’aiguille; elle était à vrai dire, l’instant d’avant,comme un cheval de cirque qu’on a oublié à l’exercice et qui a continué de tourner, qui tressaille et s’arrête net en entendant la voix d’un intrus.