Tout Simenon

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La cage de verre

roman

  • Ecrit à Épalinges (canton de Vaud), Suisse
    17 mars 1971
  • Édition originale :
    Presses de la Cité, 1971
  • Disponible dans :

Présentation

Emile Virieu est correcteur d'imprimerie à Paris. Il est venu d'Etampes, après son baccalauréat, a exercé quelques emplois médiocres et a fini par trouver dans la cage de verre, où il est enfermé avec ses jeux d'épreuves à longueur de journée, le lieu clos qui lui procure la sécurité dans l'éloignement de ses semblables. Pour échapper à la vie d'hôtel, il a épousé, sans véritable amour, une jeune veuve de trois ans son aînée qu'il a connue comme dactylo à l'imprimerie. Après le mariage, Jeanne travaillera à domicile en devenant traductrice pour une maison d'édition. La monotonie de cette vie calme et plate, sans autres événements qu'un voyage de vacances en Italie et l'achat d'un jeune chien, est interrompue par l'ébranlement du ménage de Géraldine, sœur d'Emile, fixée depuis longtemps à Paris. Son mari, Fernand Lamarck, est un homme débrouillard et exubérant. Un jour, il s'éprend d'une jeune fille qu'il entend épouser après un divorce auquel Géraldine, mère de famille responsable, n'entend pas souscrire. Les choses tournent au tragique lorsque Fernand apprend par l'avocat de sa femme que les charges familiales résultant du divorce ne lui laisseront plus de quoi vivre, cependant que la jeune Lise Bourdet décide de mettre fin à leur liaison. Après une scène violente chez les Virieu, qui n'en peuvent mais, Fernand, ivre et désespéré, va se tuer devant la porte de sa maîtresse. Ce drame a marqué Emile plus que ne le laissent paraître son inertie, son apathie extérieure. Un matin, en allant au travail, il découvre l'existence d'une voisine de palier qui sort en même temps que lui pour aller faire son marché. La scène se reproduit les jours suivants et les Keller – c'est un couple de jeunes mariés récemment installé dans l'immeuble – invitent chez eux les Virieu. Lina Keller va profiter des rencontres matinales avec Emile pour l'aguicher. Quoiqu'un peu troublé, celui-ci ne réagit pas. Bientôt, ses malaises, jusqu'alors occasionnels, se compliquent de rêves plus ou moins obsédants. Un médecin, consulté, l'adresse à un neurologue, ce qui achève d'exaspérer Emile. Sur ces entrefaites, Lina, jouant le jeu d'une gamine provocante, lui propose de venir chez elle, un après-midi où Jeanne doit s'absenter. Emile s'y rend : devant ses traits figés, son visage sans expression, Lina prend peur. Mais ce n'est pas Lina que voit Emile : c'est « eux tous. Eux. Les Hommes. » Alors, il étrangle la jeune femme, rentre chez lui, prend le chien sur ses genoux et, quand son épouse reviendra, c'est presque avec soulagement qu'il lui annoncera la nouvelle.

Les premières lignes…

Le bruit saccadé de la machine à écrire le réveilla et il vit, comme d'habitude, les draps pâles du lit de sa femme de l'autre côté de la table de nuit. Qui avait décidé qu'il y aurait des lits jumeaux ? Après dix-huit ans, il n'aurait pu le dire avec certitude. D'ailleurs, les événements de cette époque-là étaient confus et, pour des raisons qu'il n'essayait pas de démêler, il préférait les chasser de sa mémoire. C'était probablement elle. Et il n'avait pas protesté. Il ne protestait jamais. En définitive, il ne leur était pas arrivé une seule fois de dormir ensemble.