Tout Simenon

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L'homme au petit chien

roman

Présentation

Félix Allard vit dans un modeste appartement avec, pour compagnon, son chien Bib. Depuis sa sortie de prison, le suicide le hante, d'autant plus qu'un médecin ne lui a laissé que l'espoir d'une survie de deux ans. Dans un cahier d'écolier qu'il vient d'acheter, il se propose de raconter sa vie. Depuis huit ans, il travaille comme commis dans une librairie tenue par une femme autoritaire et lucide, la vieille Mme Annelet, qui a eu jadis une vie peu régulière. Petit à petit, on saura qu'Allard, avant d'exercer cet emploi, a purgé une peine de cinq ans de prison. Sa vie auparavant avait été sans grands problèmes. Etudiant médiocre à la Sorbonne, il avait abandonné ses études pour reprendre, à la mort de son père, l'entreprise familiale de construction. Puis ce fut, à trente ans, la rencontre d'Anne-Marie, épousée en trois mois. Les affaires prospèrent : Allard s'associe avec Cornille, ce qui lui permet de s'installer dans un luxueux appartement. Deux enfants naissent. Les sorties de nuit sont fréquentes. Anne-Marie est exubérante : elle aime boire, danser. Monique, la femme de Cornille, est plus calme, moins frivole. Et les soirées se passent souvent pour Allard et Monique à regarder, lui, danser sa femme, elle, son mari. Un jour, Allard découvre que sa femme et Cornille se rejoignent certains après-midi dans un hôtel de la rue de Longchamp. Félix retrouve le vieux revolver de son père, se rend à l'hôtel et abat son rival. En prison, il a eu le temps de réfléchir : finalement, n'était-il pas attiré vers Monique ? Son meurtre a-t-il eu pour vrai mobile la jalousie ? N'était-ce pas plutôt l'humiliation ressentie en apprenant, dans une circonstance déplaisante, que Cornille le tenait pour « un imbécile vaniteux » ? Et cela, n'était-ce pas l'atteindre au plus profond de sa dignité d'homme ? Le hasard veut que la librairie où Allard travaille soit proche du quartier où habitent et sa femme avec ses enfants et Monique avec son fils. De les avoir aperçus les uns et les autres, isolément dans la rue, lui donne envie de les revoir, simplement pour les regarder vivre. On finit par le remarquer, toujours avec son petit chien. Bien qu'on cherche à l'inquiéter, le fait d'écrire sa vie semble l'avoir apaisé et, désormais, il apparaît résigné. Le 13 janvier, au coin du boulevard Beaumarchais, Félix Allard est renversé par un autobus et tué sur le coup. Son petit chien, indemne, est conduit à la fourrière.

Les premières lignes…

Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue. Un couple inconnu dans la foule parisienne. Un échange de regards. Pourtant, depuis trois jours, mon humeur a changé et des décisions que je croyais définitives ne me le paraissent plus autant.