Tout Simenon

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Dimanche

roman

Présentation

A l'âge de 25 ans, Emile, fils d'un hôtelier de Champagne, près de Luçon, est allé aider des amis de sa famille, les Harnaud, qui ont repris une petite auberge sur la Côte d'Azur. L'affaire ne marche pas très bien, M. Harnaud meurt, et sa veuve, désireuse de retourner à Luçon, accueille plus que favorablement l'union de sa fille Berthe avec Emile. Celui-ci, intelligent et courageux, a fait de « La Bastide » sa chose personnelle, et qui prospère. Mme Harnaud, qui avait prévu ce mariage, ne manque pas d'en tirer profit sous forme d'une rente viagère garantie par une hypothèque : ainsi, le jeune couple aura définitivement désintéressé la belle-mère, laquelle se réserve quand même la faculté de venir passer chaque année un mois chez sa fille. Très attaché à « La Bastide », Emile ne tardera pas à s'apercevoir que c'est Berthe la vraie patronne, à qui rien n'échappe. Il s'en accommode tant bien que mal : sa camionnette, son « pointu » – un petit bateau qu'il a acheté –, les parties de boules, le marché Forville sont pour lui autant d'occasions d'échapper à une femme possessive, méfiante, sans charme et, de surcroît peu sympathique aux gens du pays. Après une brève passade avec une des pensionnaires de l'auberge, Emile se détache de sa femme. C'est alors que survient Ada, une jeune Italienne de la région que Berthe a engagée comme bonne à tout faire. Ada est une sauvageonne très renfermée, qui passe pour sous-développée. Un jour pourtant, Emile la prend par surprise, sans qu'elle offre de résistance, et ce qui n'était d'abord qu'un événement fortuit devient une habitude qui se renouvelle régulièrement dans le cabanon qu'Emile s'est réservé pour faire la sieste. Berthe finit par les surprendre, exige qu'Ada soit congédiée sur-le-champ, mais se heurte à un refus énergique de son mari. Les deux époux conviennent alors de conserver par intérêt les apparences d'une vie commune. Mais la rupture, encore aiguisée par la rancœur de Berthe, a éveillé chez Emile l'idée de se libérer entièrement de celle qui est devenue une ennemie et qui l'empêche de refaire sa vie avec Ada dont il ne peut plus se passer. « Je la tuerai... » Une intoxication causée par du cassoulet en conserve que Berthe a mangé un dimanche d'affluence fait entrevoir à Emile la solution qu'il cherchait. Le docteur Chouard, qui a soigné Berthe, n'a-t-il pas révélé qu'avec le foie qu'elle a fort sensible, elle est sujette à un empoisonnement qui pourrait lui être fatal ? La saison terminée, Emile se documente dans des ouvrages de toxicologie et de médecine légale, se livre à des expériences et dose la poudre d'arsenic qui sera mêlée au risotto de Berthe. Comment cette dernière pourrait-elle se douter ? Les préparatifs minutieux, secrets, ont duré près de onze mois. Enfin, le jour propice arrive. C'est un dimanche de mai. Le scénario se déroule comme prévu. La clientèle est nombreuse, le personnel, affairé. Le repas de Berthe est servi, à sa place habituelle. Un regard calme et dur qu'elle lance à Emile lui fait comprendre qu'il a perdu la partie : assise en face d'elle, humble et docile, Ada mange le risotto.

Les premières lignes…

Il n'avait jamais eu besoin de réveille-matin et depuis un certain temps déjà, les yeux clos, il était conscient du soleil qui se glissait entre les deux minces fentes des volets, quand il entendit enfin une sonnerie étouffée dans la chambre d'en haut. C'était une mansarde étroite, juste au-dessus de sa tête. Il en connaissait tous les recoins, le lit de fer et sa couverture rouge sombre, la cuvette sur un trépied en bois tourné et le broc d'émail par terre, le morceau de tapis brun qui n'était jamais à sa place, et il aurait pu dessiner le contour des taches sur les murs blanchis à la chaux, l'étroit cadre noir de guingois, autour d'une Vierge en robe bleu ciel.