Tout Simenon

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Au bout du rouleau

roman

Présentation

Quand il arrive à Chantournais, en compagnie de Sylvie, une ancienne fille de bar qu'il a rencontrée dans le Midi, Marcel Viau traîne derrière lui un passé fait de ratages successifs. Fils d'un paysan de Saint-Jean-la-Foi, il a exercé un peu partout des métiers minables, ce qui ne l'empêche pas d'affecter du mépris pour les gens arrivés, qu'il envie par ailleurs. A Béziers, chez un gros viticulteur qui l'a engagé, il a cru voir la chance lui sourire, mais, démasqué par sa liaison avec la fille de la maison, qu'il projetait d'épouser, il retourne à son insécurité première. C'est alors qu'à Montpellier, il dérobe un portefeuille bien garni à la sortie d'un tripot, non sans avoir molesté sa victime. Cependant, apprenant par les journaux que le numéro des billets volés est connu, il s'en débarrasse. Se sentant recherché, il espère retrouver dans l'alcool une assurance qui lui fait défaut. Lorsqu'il échoue à Chantournais, non loin de son lieu natal, il est pratiquement sans ressources et le soir même de son arrivée avec Sylvie, il joue au poker et perd une somme importante, ce qui l'oblige à voler M. Maurice, le chef cuisinier de l'hôtel. Le lendemain, le jeu ayant tourné à son avantage, il « rembourse » sa victime, qui n'était pas dupe. Son exploit a néanmoins attiré l'attention sur lui : il est convoqué à la police, mais ce n'est que pour une vérification d'identité. Loin d'être rassuré, il s'inquiète, surtout lorsqu'il apprend de son entourage qu'une enquête est ouverte à son sujet. Viau, à ce moment, se sent « au bout du rouleau » et décide d'en finir avec la vie. Le suicide qu'il prépare est déjoué par Sylvie et par l'arrivée des policiers avec lesquels il se bat farouchement. La nuit même, il se suicide dans son cachot.

Les premières lignes…

"- Tu ne crois pas que tu bois un peu trop? Etait-ce “trop” qu’elle avait dit? Peut-être que non. Peut-être qu’elle s’était contentée de dire “beaucoup”, parce que c’était une femme qui savait comment on parle aux hommes, à certains hommes en tout cas, et justement aux hommes dans le genre de Viau. Elle ne le disait pas sèchement, sur un ton de reproche, ou de mépris, comme les épouses qui ne savent pas s’y prendre. Elle ne le disait pas non plus avec des lèvres pâles qui frémissent, comme d’autres épouses ou maîtresses qui ont peur d’être battues.