Biographie de Georges Simenon
1968
Du 24 au 30 janvier
Écrit Maigret hésite.
31 mars
Interview à Épalinges par cinq médecins, pour la revue genevoise « Médecine et hygiène ».
Avril-juin
Du 23 au 29 avril, écrit la Main, puis l'Ami d'enfance de Maigret du 18 au 24 juin.
Du 23 juillet au 23 août
Vacances d'été à La Baule (à l'Hermitage).
16 septembre
À Saint-Cloud, mariage en secondes noces de Marc Simenon, 29 ans, avec Mylène Demongeot, 33 ans.
Du 7 au 13 octobre
Écrit Il y a encore des noisetiers.
22 novembre
Henriette accepte de quitter sa maison de la rue de l'Enseignement à Liège pour s'installer à la maison de repos des Ursulines de Fouron-le-Comte ('s-Gravenvoeren).
3 décembre
Participe à une « table ronde » organisée par « Médecine et hygiène » à Genève : XYY : fatalité biologique ?
1969
Du 15 au 21 avril
Écrit Maigret et le tueur... Puis passe deux jours au chevet de sa mère, malade, à Fouron-le-Comte ; y retournera en août.
Du 13 au 19 juin
Écrit Novembre.
Été
À nouveau vacances.
Du 23 au 29 septembre
Écrit Maigret et le marchand de vin.
Du 19 au 26 octobre
Enregistrement à Épalinges de six émissions de la R.T.B.F. (interviews d'Henri Guillemin, Bernard de Fallois et Gilbert Sigaux, Olivier Castro, Frédéric Pottecher, Victor Moremans, un ancien de la « Gazette », et Papillon). Le tout sera diffusé sous le titre « Simenon reçoit... »
1970
Mars-octobre
Écrit le Riche Homme du 3 au 9 mars, la Folle de Maigret du 1er au 7 mai, et un roman étrangement prémonitoire (voir septembre 1971) : La Disparition d'Odile, du 28 septembre au 4 octobre.
18 novembre
Henriette entre à l'hôpital de Bavière à Liège, l'hôpital où le petit Georges, enfant de chœur, allait servir la messe tous les matins.
8 décembre
À 20h30, la mère de Georges meurt, à l'âge de 90 ans. Ses funérailles ont lieu le surlendemain ; au cimetière de Robermont, sa pierre tombale réunit ses deux maris en une même inscription : « Madame Veuve Désiré Simenon, veuve de Joseph André, née Henriette Brull ».
1971
Janvier-juin
Nouvel An à Crans-sur-Sierre... Puis il écrit Maigret et l'homme tout seul du 1er au 7 février, la Cage de verre du 11 au 17 mars, Maigret et l'indicateur du 5 au 11 juin.
Juillet
Vacances à La Baule.
11 juillet
Mort, à Liège (hôpital de Bavière), de Catherine Simenon-Nols, 95 ans, veuve de l'oncle Lucien.
9 septembre
Fugue à Paris de Marie-Jo.
Du 5 au 11 octobre
Écrit les Innocents.
1972
Du 5 au 11 février
Écrit Maigret et M. Charles, sans se douter que c'est là à la fois son ultime « Maigret » et son tout dernier roman.
15 juillet
Mort, à Liège, de Louise Marie Françoise Coomans, 70 ans, cousine de Georges [c'était « Loulou » Lodemans dans Je me souviens…, « Loulou » Daigne dans Pedigree].
18 septembre
Veut commencer son 213e roman, Victor, en établit l'« enveloppe jaune » comme à l'accoutumée, puis l'abandonne et prend la décision de cesser d'écrire.
Octobre
Le professeur Maurice Piron, titulaire de la chaire de « philologie et littérature françaises » de l'Université de Liège, décide de consacrer quatre cours de licence en philologie romane à l'étude de la carrière et de l'œuvre de Simenon.
Fin octobre
Quittant Épalinges sans esprit de retour, il élit domicile au 8e étage d'une tour, au 155 de l'avenue de Cour à Lausanne.
* L'université de Pavie lui a décerné en 1972 le diplôme « Matricola d'Onore ».
1973
5 février
Au consulat de Belgique à Lausanne, fait remplacer sur son passeport la mention « romancier » par celle de « sans profession ».
7 février
Le quotidien « 24 heures-Feuille d'avis de Lausanne » publie une interview d'Henri-Charles Tauxe où Simenon explique Pourquoi je n'écrirai plus (reprise dans « Paris-Match » du 13 février).
13 février
À peine rentré de Valmont, la clinique-hôtel où il se trouvait avec Teresa depuis novembre, il s'achète un petit magnétophone pour son 70e anniversaire.
* De ce jour à la mi-septembre, à Lausanne ou en juillet-août à Valmont, il va dicter Un homme comme un autre, la première de ses vingt et une dictées.
22 mai
À l'initiative du professeur Maurice Piron, Simenon est fait « docteur honoris causa » de l'Université de Liège.
9 juillet
Tout comme il a vendu sa Rolls et toutes ses autres voitures, se débarrasse des meubles d'Épalinges, qu'un antiquaire de Zurich vient chercher ce jour-là.
* Du 17 septembre au 30 mars 1974, dicte Des traces de pas.
22 octobre
Installation des bureaux du secrétariat, avenue du Temple à l'autre bout de Lausanne ; inauguration le 31.
1974
6 février
Tout en conservant son appartement de la tour toute proche, s'installe définitivement dans sa « petite maison rose » du 12 de l'avenue des Figuiers, sa 33e et dernière maison (c'est de loin celle où il aura séjourné le plus longtemps : quinze ans et demi).
9 février
Fracture du grand trochanter en entrant dans sa salle de bains, d'où un séjour à la clinique Cecil jusqu'au 18 mars.
Première quinzaine d'avril
Dicte Lettre à ma mère.
Du 19 juin au 12 novembre
Dicte les Petits Hommes.
Du 13 novembre au 3 avril
dicte Vent du nord, vent du sud.
1975
Du 8 avril au 2 août
À Lausanne d'abord puis à Saint-Sulpice (hôtel du Débarcadère) à partir de juillet, dicte Un banc au soleil.
17 mai
À Liège, une plaque commémorative est apposée sur la façade de sa maison natale, au 24 (ex-26) de la rue Léopold.
Du 5 août au 23 novembre
Dicte De la cave au grenier.
* Du 12 décembre au 6 janvier 1976 à Montreux, puis du 9 janvier au 13 avril 1976 à Lausanne, dicte À l'abri de notre arbre.
1976
25 février
Faisant suite à la première rencontre du professeur Piron et de Simenon à Valmont le 21 août 1973 et à l'échange de lettres qui s'ensuivit, le Conseil d'administration de l'Université décide la création du « Centre d'études Georges Simenon de l'Université de Liège ».
Du 14 avril au 14 juin
Dicte Tant que je suis vivant.
15 mai au soir
Deux ans presque jour pour jour avant son geste fatal, Marie-Jo tente de se suicider aux barbituriques... Simenon prend le premier avion et la retrouve à minuit au pavillon des soins intensifs de l'hôpital Cochin à Paris.
8 juin
Par acte notarial établi à Lausanne et en présence du professeur Piron représentant l'Université donataire, Simenon fait don à celle-ci de tous documents en sa possession présente et à venir, tels que manuscrits de romans, cassettes et transcriptions dactylographiques de ses dictées, lettres originales de Gide et correspondances diverses, interviews de télévision et radio, copies de films, thèses et ouvrages consacrés à son œuvre, photographies, collection nominative, collection princeps et exemplaires de luxe de ses romans, traductions étrangères, romans populaires sous pseudonymes…
Du 15 juin au 23 août
D'abord à l'hôtel du Débarcadère de Saint-Sulpice puis au Royal Palace d'Évian-les-Bains, dicte Vacances obligatoires.
Du 24 août au 9 novembre
Dicte la Main dans la main.
* Du 12 novembre au 12 mars 1977, Au-delà de ma porte-fenêtre.
30 décembre
Mort de son ami Sven Nielsen, dont le fils Claude prend la succession à la tête des Presses de la Cité.
1977
Janvier
Reçoit aux Figuiers son ami Fellini, qu'il interroge sur son dernier film qui sortira début mars. Le mois suivant (21-27 février), « l'Express » titre : « Fellini-Simenon : Casanova, notre frère — Un grand dialogue sur le mystère de la création artistique »… C'est d'un passage de ce dialogue que naîtra la légende de l'homme-aux-dix-mille-femmes.
Du 17 mars au 14 juin
Dicte Je suis resté un enfant de chœur.
* Juin-août : du 22 juin au 22 juillet, à Glion-sur-Montreux (clinique Valmont), dicte À quoi bon jurer ?, ainsi que Point-virgule du 6 au 22 août.
3 novembre
À la bibliothèque générale de l'Université de Liège, inauguration solennelle du Fonds Simenon... en l'absence du donateur qui, le jour même, subit à Lausanne (clinique Bois-Cerf) une opération de la prostate. L'ouverture du Fonds aux chercheurs et au public a lieu le 21 novembre. À cette date, le Fonds Simenon est riche, entre autres, de 4 127 volumes, dont 2 586 traductions en quelque 32 langues étrangères.
3 décembre
Reçoit la médaille d'or Cesare Baccaria de la Deutsche Kriminologische Gesellschaft E.V. de Francfort-sur-le-Main.
Du 5 au 17 décembre
À nouveau à Valmont, dicte le Prix d'un homme.
1978
Du 21 mars au 13 juillet
Dicte On dit que j'ai soixante-quinze ans, une dictée commencée dans la joie et qui s'achève dans la douleur…
… Le 20 mai, un coup de téléphone de Marc lui apprend la mort par suicide, la veille ou la nuit précédente, de sa fille, 25 ans.
26 mai
Incinération de Marie-Jo ; le lendemain, ses cendres sont répandues par son père dans le petit jardin des Figuiers.
Juillet-août
À Valmont.
Septembre-décembre
Du 13 septembre au 25 octobre, dicte Quand vient le froid, puis, du 30 novembre au 17 décembre, les Libertés qu'il nous reste.
29 décembre
Par décision communale de la Ville de Liège, la rue Pasteur et son prolongement la rue du Ponçay deviennent une seule et même artère, la rue Georges Simenon.
1979
Du 21 février au 10 mars
Dicte la Femme endormie.
Du 30 avril au 27 mai
Dicte Jour et nuit.
Du 19 août au 19 octobre
Dicte Destinées, sa 21e et dernière dictée.
1980
* Année consacrée, de la mi-février à novembre (sauf un mois de repos à Valmont en juillet), à la rédaction des Mémoires intimes, la plus volumineuse de ses œuvres, celle surtout qui lui tenait le plus à cœur. Il les rédige à la main, chaque jour de 14 h à 20 h : en tout 686 feuillets manuscrits, écrits très serrés. Le tapuscrit en est dactylographié par Joyce Aitken, cahier après cahier.
19 avril
Alors que quatre cahiers seulement des Mémoires sont écrits, sur un futur total de dix, Simenon tient à ajouter un codicille à son testament : si, pour des raisons indépendantes de sa volonté ou par suite de décès, il lui était impossible d'achever cet ouvrage capital pour lui, il confie le soin de le mener à son terme, et selon ses directives, à Teresa Sburelin et à Joyce Aitken... cette dernière « se chargera de corriger [ses] textes, écrits très vite et qui comportent probablement un assez grand nombre de bavures grammaticales »... s'il était impossible aux deux personnes désignées d'accepter ces tâches, il les confie en dernier recours au professeur Maurice Piron, président-directeur du Centre d'études Georges Simenon, ou à défaut à un de ses collaborateurs de confiance...
* Réédition, aux Presses de la Cité, de douze romans populaires parus sous pseudonymes de 1928 à 1933 (« les Introuvables de Georges Simenon »).
1981
Février-mars
Révise les 1 985 pages du tapuscrit (plus 303 pour le « livre de Marie-Jo »).
28 avril
Aitken porte aux Presses de la Cité, à Paris, les 2 288 feuillets à composer.
Octobre
Publication des Mémoires intimes. Dès le deuxième tirage (novembre) et à la suite du jugement en date du 9 novembre du tribunal de grande instance de Paris à la demande de Mme Simenon-Ouimet, quelques passages sont supprimées (31 lignes en tout, dont 25 de Marie-Jo).
27 novembre
Antenne 2 diffuse en différé un « Apostrophes » spécial Simenon, entièrement consacré à Simenon et à ses Mémoires intimes, enregistré par Bernard Pivot chez l'auteur à Lausanne (il sera rediffusé au lendemain de sa mort, en septembre 1989).
Novembre
Transfert du Fonds Simenon de Liège au château de Colonster, à l'orée du campus universitaire de Sart Tilman.
* Du 4 décembre au 21 février 1982, piazza Beaubourg à Paris : exposition Georges Simenon, organisée par le Centre culturel de la Communauté française de Belgique (avec plusieurs journées de colloques).
À partir d'ici, les informations fragmentaires sur le retraité lausannois désormais muet proviennent de quelques correspondances ou témoignages directs. Il ne reçoit plus que sa famille et de rares amis. En dehors de ses séjours à Valmont, sa vie quotidienne dans « la petite maison rose » est toujours réglée au métronome : correspondance, réponse au courrier qui lui parvient des quatre coins du monde, lecture des journaux et informations à la télévision ; promenades régulières, plus ou moins longues selon la saison... sans oublier les appels téléphoniques quotidiens de son secrétariat et, plus rarement, la visite de Joyce Aitken pour les signatures importantes... étant « un des rares romanciers à posséder exclusivement ce que l'on appelle les droits annexes, et [ses] droits d'auteur n'étant jamais cédés à vie, il y a des renouvellements continuels de contrats, aussi bien pour l'édition que pour la radio, la télévision, les cassettes et vidéo-cassettes, le câble, etc., sans parler des éditions en braille et des ouvrages pour les écoles des différents degrés, ainsi que des anthologies » (extrait d'une lettre d'août 1985).
1983
« Après plus de trois ans de travail exagéré et de soucis graves, on me condamne à six mois de repos absolu » (lettre du 9 mars).
En juin
il va nettement mieux, « mais il n'a pas encore repris son rythme habituel, et il se contente d'allonger chaque jour un peu plus ses promenades ».
1984
17 décembre
Il est opéré avec succès d'une tumeur au cerveau, ce qui le libère comme miraculeusement de son ankylose généralisée et de tous ses troubles d'équilibre et douleurs éparses. Le « Figaro-Magazine » du 22 décembre titre : « Maigret revient de loin — À 82 ans, sept heures et demie d'opération pour une tumeur au cerveau ».
1985
24 juin
À Porquerolles, chez son fils Marc où elle s'était depuis peu retirée, mort de Régine Renchon, dite « Tigy », 85 ans, première épouse de Georges... En tenant la main de Mylène sa belle-fille, « Mamiche » s'éteint au petit matin.
1988
1er trimestre
Début de la publication aux Presses de la Cité, de « TOUT SIMENON ». L'œuvre romanesque comprendra 25 tomes, près de 25 000 pages.
21, 22 et 23 avril
1er colloque international organisé par le Centre d'études Georges Simenon de l'Université de Liège, sur le thème « Georges Simenon, genèse et unité de l'œuvre ».
1989
Mars-mai
À cause de travaux divers effectués dans sa « maison rose » des Figuiers, Simenon réside dans une suite de l'hôtel Beau Rivage de Lausanne. Désormais assis dans une chaise roulante, ne cessant de fumer la pipe mais intellectuellement diminué, il parle de moins en moins et sa mémoire le trahit souvent…
Lundi 4 septembre
À 3 h 30 du matin, « Georges prend la main de Teresa : "Enfin, je vais dormir", et s'éteint doucement. Simenon vient de mourir comme il l'avait rêvé : vieux [...] et enfin apaisé. Innocent comme un enfant de chœur. » (d'après P. Assouline)
6 septembre
Incinération au centre funéraire de Montoie, près de la Vallée de la Jeunesse, à quatre pas de sa maison. La nuit suivante, à l'abri des curieux, tout comme lui l'avait fait pour sa fille onze ans plus tôt, Teresa disperse ses cendres sur l'herbe du jardin, à l'ombre du grand cèdre.

