Biographie de Georges Simenon
- 1924
- 1925
- 1926
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- 1928
- 1929
- 1930
- 1931
- 1932
- 1933
- 1934
- 1935
- 1936
- 1937
- 1938
- 1939
- 1940
- 1941
- 1942
- 1943
- 1944
- 1945
1924
Du printemps à l'automne
De retour à Paris, Georges et Tigy logent dans une chambre meublée de l'hôtel Beauséjour, au 42 de la rue des Dames (17e arr.).
Avril
Grâce à la vente d'un tableau de Tigy, Georges et sa femme découvrent avec émerveillement l'île de Porquerolles, où ils feront par la suite de fréquents et parfois longs séjours (d'avril à septembre 1926 ; printemps 1934 ; une bonne partie de l'année 1936 ; février et printemps 1937 ; mars 1938).
S'il a quitté le service du marquis de Tracy pour rejoindre la capitale, c'est pour y mettre en œuvre son plan : « gagner le plus d'argent possible en écrivant des livres faciles, puis m'installer et faire de la littérature » (cité par P. Assouline)... C'est au cours du printemps de 1924 qu'il écrit, en quelques jours, à la terrasse d'un café de la rue Caulaincourt près de la place Constantin-Pecqueur, le Roman d'une dactylo, qui paraîtra dès l'été suivant chez Ferenczi, sous la signature de Jean du Perry. Ce sera le premier des quelque 190 romans populaires (légers, sentimentaux ou d'aventures) qu'il écrira en sept ans sous dix-sept pseudonymes différents, pour vingt collections diverses chez huit éditeurs.
Octobre ou novembre
Georges et Tigy louent deux pièces au rez-de-chaussée sur cour du 21 place des Vosges (3e arr.) ; fin 1927, ils seront en mesure de louer, à la même adresse, un vaste appartement au 2e étage donnant sur la place (le 21 est l'ancien hôtel du maréchal de Richelieu).
1925
Été
Vacances à Étretat. Ici se situe l'engagement comme servante d'une des filles d'une famille de pêcheurs de Bénouville, Henriette Liberge, dite « Boule », vingt ans à peine... Servante, très vite « servante-maîtresse », Boule, « engagée pour un an, restera toute une vie auprès de celui qu'elle appelle « mon petit monsieur joli », et sera pour lui la fidélité faite femme » (cité par P. Assouline). Elle vit aujourd'hui encore auprès de Marc et Mylène, à Porquerolles.
1926
12 avril
Naissance, en Italie, de Teresa Sburelin, future compagne des dernières années de Georges Simenon.
1927
14 janvier
Signature d'un contrat avec Eugène Merle, directeur de « Paris-Matin », par lequel Georges Sim s'engage à écrire en une semaine, dans une cage de verre à la vue de tous, « un roman dont le sujet, le titre et les personnages auront été désignés par un référendum » auprès des lecteurs... La disparition prématurée du journal fera capoter cet extravagant projet (G. Sim y gagnera les 50 000 francs d'à-valoir versés à la signature du contrat !).
17 janvier
Mort, à Liège, de Christina Maria Louisa Schrooten-Brüll, 60 ans, tante maternelle de Georges [c'est Marthe Vermeiren-Brüll dans Je me souviens..., Marthe Schroefs-Peters dans Pedigree].
27 mars
Mort à Liège (55 rue Puits-en-Sock) de Chrétien Simenon, 86 ans, le grand-père paternel et parrain de Georges.
Été
À l'île d'Aix (ces vacances loin des nuits de Paris marquent la fin d'une liaison tumultueuse et passionnée avec Joséphine Baker... Un projet de « Joséphine Baker's Magazine » avait presque vu le jour, dont Sim était le rédacteur en chef et le seul journaliste ! Il déclarera plus tard qu'il avait tout rompu parce que, lui-même encore inconnu, il avait eu « peur de devenir M. Baker »).
1928
De fin mars à fin septembre
À bord du Ginette, un ancien canot de sauvetage de 5,5 m de long muni d'un petit moteur de 3 CV, six mois de navigation sur les canaux et rivières de France, en compagnie de Tigy, de Boule, et du chien Olaf... tout en continuant d'écrire force contes et romans populaires.
Ce périple fluvial sera raconté en 1931 dans un numéro spécial de « Vu » (Une France inconnue, ou l'aventure entre deux berges) et plus tard, en 1937, dans « Marianne » (Long Cours sur les rivières et canaux).
18 juillet
Mort, en son château d'Overpelt, de François Guillaume Henri Brüll, 68 ans, oncle maternel de Georges [dans Je me souviens..., ce sera Albert Brüll, de Hasselt ; dans Pedigree, Louis Peters, de Tongres].
29 septembre
À Ougrée, mariage de Christian, le frère de Georges, avec Blanche Binet.
1929
Hiver
Place des Vosges, compose pour « Détective » (Georges Kessel) les Treize Mystères, puis au printemps les Treize Énigmes.
* Il fait construire et gréer, par les chantiers G. Argentin de Fécamp, un robuste cotre de 10 m de long sur 4 de large, l'Ostrogoth, remonte la Seine à son bord et le fait baptiser, au square du Vert-Galant, par le curé de Notre-Dame. L'Ostrogoth sera, du printemps de 1929 à fin 1931 (revente en décembre), son habitation flottante quasi permanente : départ par les canaux jusqu'à la Meuse, Belgique, Pays-Bas, Allemagne (Emden). Puis l'Ostrogoth sera refoulé de Wilhelmshaven, son capitaine étant soupçonné d'espionnage (il écrit des nouvelles pour « Détective » !). Mais c'est à bord d'un bateau régulier qu'il remontera l'hiver suivant les côtes de Norvège jusqu'en Laponie (Kirkenes, non loin de la frontière soviétique).
Septembre
Delfzijl (Pays-Bas). Pendant qu'on recalfate l'Ostrogoth, il s'installe inconfortablement sur une vieille barge abandonnée et y écrit l'un de ses quatre « proto-Maigret » (sans doute Train de nuit... et non Pietr le Letton comme ce « forgeur de légendes » l'a toujours soutenu).
17 octobre
À Liège, mariage en secondes noces d'Henriette Brüll, la mère de Georges, avec Joseph André, chef garde convoi aux Chemins de fer belges.
Hiver
Stavoren (Pays-Bas), puis voyage au-delà du cercle polaire, à bord d'un bateau de cabotage côtier norvégien.
1930
Fin de l'hiver
À Stavoren (Pays-Bas), il compose les nouvelles des Treize Coupables.
Sur ce long séjour en Europe septentrionale, un reportage paraîtra en douze feuilletons dans « le Petit Journal » (Escales nordiques, mars 1931). Un autre est resté longtemps inédit (Pays du froid).
1er mars
Dans « l'œuvre », début d'un roman-feuilleton, la Maison de l'inquiétude de Georges Sim. C'est ici la toute première apparition du commissaire Maigret. Le lecteur amateur de romans populaires ne sait évidemment pas qu'il tient là le premier des quatre « crypto-Maigret » de la protohistoire simenonienne ; les trois autres seront Train de nuit et la Figurante, tous deux signés Christian Brulls chez Fayard (octobre 1930 et février 1932), et plus tard la Femme rousse de Georges Sim chez Tallandier (avril 1933... alors que dix-sept « Maigret-Simenon » caracolent déjà aux vitrines des libraires).
Printemps (à Morsang-sur-Seine)
Toujours à bord de l'Ostrogoth, écrit son tout premier roman sous patronyme, Pietr le Letton; ce sera le cinquième Maigret en librairie, mais le tout premier « Maigret-Simenon » à être présenté au public, sous forme de feuilleton dans « Ric et Rac » (juillet-août 1930).
Été
Sur l'Ostrogoth amarré à Morsang-sur-Seine, écrit coup sur coup Monsieur Gallet, décédé et le Charretier de la « Providence ».
Automne
À Morsang, écrit son premier roman « non-Maigret », le Passager du « Polarlys » (qui sera publié d'abord en feuilleton dans « l'œuvre » sous le titre Un crime à bord... de Georges Sim !), puis le Pendu de Saint-Pholien à Beuzec-Conq.
1931
Hiver
À Beuzec-Conq (Finistère), au calme d'une villa face à l'Océan, écrit à toute allure (80 pages par jour) les quelques romans populaires sous pseudonyme qu'il lui reste devoir à Fayard par contrat... Puis, à l'hôtel Aiglon (232 boulevard Raspail, non loin de chez Fayard), écrit la Tête d'un homme.
20 février
À la Boule Blanche, rue Vavin, se tient le fameux « Bal anthropométrique » de lancement des tout premiers Maigret chez Fayard (éditeur chez qui Simenon publiera en tout 31 titres de 1931 à 1934).
Mars-avril
Se retire au château-hostellerie de Guigneville, près La Ferté-Alais, pour y écrire le Chien jaune et la Nuit du carrefour (ce dernier peut-être en mai à Morsang).
* À bord de l'Ostrogoth à nouveau amarré à Morsang-sur-Seine, écrit au printemps les nouvelles des Treize Minutes et Un crime en Hollande, en juillet Au Rendez-vous des Terre-Neuvas ; puis, toujours en juillet mais amarré cette fois au quai d'Anjou (pont Marie) à Paris, le Relais d'Alsace, son deuxième non-Maigret. Le 4 août, il donne avec Jacques Haumont et Germaine Krull une fête à bord pour arroser le lancement de la collection « Phototexte » avec la Folle d'Itteville.
15 août
À Deauville, toute la journée, séance de dédicaces à la terrasse du Bar du Soleil.
Septembre-octobre
À Ouistreham (Calvados), à bord du fidèle Ostrogoth, écrit la Danseuse du Gai-Moulin, puis la Guinguette à deux sous... En octobre, première « rentrée cinématographique », déjà, pour le jeune père de Maigret, à qui Jean Renoir achète les droits de la Nuit du carrefour (50 000 F).
1932
Hiver
Au cap d'Antibes (villa « les Roches grises »), pas moins de quatre romans sont écrits, l'Ombre chinoise en décembre, l'Affaire Saint-Fiacre et Chez les Flamands en janvier, et le Port des brumes en février... Ce qui ne l'empêche pas de travailler avec Jean Renoir à l'adaptation de la Nuit du carrefour, et à celle du Chien jaune avec Jean Tarride (après l'abandon de son projet de réaliser lui-même un film d'après la Tête d'un homme, il se désintéressera totalement désormais de ce que les réalisateurs peuvent faire à partir de ses romans, se contentant tout au long de sa vie de toucher de substantiels droits cinématographiques).
26 février
Naissance, à Matadi (Congo belge), de Georges, dit « Georget », fils de Christian Simenon et de Blanche Binet.
Mars
À La Rochelle (« Hôtel de France »), écrit le Fou de Bergerac.
Printemps
installation à La Richardière, gentilhommière sise à Marsilly (Charente-Inférieure), où il écrira ses douze prochains romans ; et d'abord Liberty-Bar en mai, puis, de retour d'Afrique, les Fiançailles de M. Hire, le Coup de lune et l'Ane Rouge en automne.
21 avril
Au théâtre Pigalle, première du film la Nuit du carrefour.
Été
Voyage en Afrique, pour le magazine « Voilà » (l'Heure du nègre). Quelques jalons de l'itinéraire : traversée de la Méditerranée à bord de l'Angkor ; Égypte (Le Caire, Assouan), Soudan (Khartoum, Juba), Congo belge (descente du fleuve sur plus de 1 700 km jusqu'à Léopoldville [Kinshasa] et Matadi, où son frère Christian est en poste)... Puis retour sur Bordeaux à bord d'un paquebot des Chargeurs Réunis, l'Amérique, avec escales à Port-Gentil, Libreville et Conakry.
1933
Janvier-avril
À La Richardière, écrit en janvier la Maison du canal et en avril l'Écluse n° 1, dix-huitième et avant-dernier Maigret de l'époque Fayard.
Hiver et printemps
Un vaste tour d'Europe, pour divers reportages (Europe 33 in « Voilà », Peuples qui ont faim in « le Jour »...), l'amène en Belgique, en Allemagne (où il rencontre Hitler... dans un ascenseur), en Pologne et dans les pays baltes, ainsi qu'en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Roumanie... Ensuite, naviguant en mer Noire sur des navires soviétiques et italien, il visite en U.R.S.S. l'Ukraine (Odessa, Sevastopol, Yalta, Novorossisk), la Russie (Sotchi), la Géorgie (Batoum), et enfin la Turquie (Trébizonde, Istanbul, Ankara).
7 juin
Rencontre exclusive avec Trotski à Prinkipo (l'île des Princes) dans la mer de Marmara ; l'interview Chez Trotsky paraît dans « Paris-Soir » les 15 et 16 juin.
* De retour à La Richardière, y écrit durant l'été les Gens d'en face (roman inspiré par son récent voyage en U.R.S.S.) et le Haut Mal ; durant l'automne l'Homme de Londres, le Locataire et les Suicidés (ces deux derniers titres étant les tout premiers des 58 écrits pour Gallimard).
18 octobre
Premier contrat entre Georges Simenon et Gaston Gallimard.
1934
Janvier
Écrit Maigret, le tout dernier roman pour Fayard.
De janvier à mars
Enquêtes et reportages divers sur le « suicide » de Stavisky et sur l'assassinat du conseiller Prince, pour « Marianne », « Excelsior » et « Paris-Soir »... le tout ne lui attire que des ennuis.
Avril
À Porquerolles (villa « les Robert »), écrit les Pitard.
Mai
Une hôtelière de Libreville (Gabon), qui s'est reconnue dans l'héroïne du Coup de lune, lui intente un procès. Maître Maurice Garçon le défend en plaidant « le droit du romancier de puiser dans la vérité », et Simenon est acquitté.
11 juin
Mort, à Liège (55 rue Puits-en-Sock), de Léon Chantaine, 50 ans, époux de la tante Céline Simenon.
Fin mai
Loue l'Araldo, un grand voilier italien à deux mâts, qui tout l'été, au gré des vents, fait escale à San Remo, Gênes, l'île d'Elbe (Cavo), Naples, en Sicile (Messine, Syracuse), à Malte, Athènes, Tunis, Bizerte, et en Sardaigne (Cagliari). Au cours de ce vaste périple méditerranéen (Mare nostrum, ou la Méditerranée en goélette dans « Marianne »), il trouve le temps d'écrire 45° à l'ombre, puis les Clients d'Avrenos.
Automne
De retour en France, écrit son treizième et dernier roman à La Richardière, l'Évadé.
22 décembre
Mort, à Liège, d'Auguste Pierre Joseph Renard, dit « Coucou » [Coustou dans Pedigree], 55 ans, veuf de la tante Félicité Brüll.
1935
Du 12 décembre 1934 au 15 mai 1935
Simenon accomplit un « tour du monde en 155 jours », que paieront plusieurs reportages pour « Paris-Soir » et « Marianne »... Traversée Le Havre-New York à bord du La Fayette ; canal de Panama, Buenaventura (Colombie), Guayaquil (Équateur) ; enquête sur un drame mystérieux aux Galapagos ; traversée vers Papeete à bord d'un cargo mixte français ; deux mois environ à Tahiti où, le 7 mars, il achève Ceux de la soif, directement inspiré de son récent reportage aux Galapagos ; Papeete-Sydney, via les îles Cook et la Nouvelle-Zélande, à bord du navire U.S. Makura ; après un court séjour en Australie, embarquement vers l'Europe à bord du paquebot britannique Mooltan, via la mer de Timor, l'océan Indien (escales à Ceylan et à Bombay), la mer Rouge et le canal de Suez (dernières escales à Alexandrie et à Malte). Ce tour du monde de seulement cinq mois ne lui inspire pas moins de six romans et huit nouvelles.
De retour en Europe à la mi-mai
Au château de la Cour-Dieu à Ingrannes (Loiret) où il s'est retiré, met en forme ses nombreuses notes de voyage, qui paraîtront du 12 au 25 juin dans « Paris-Soir » sous le titre les Vaincus de l'aventure ou les Aventuriers du malheur (et plus tard chez Gallimard sous le titre de la Mauvaise Étoile). Sur la lancée, écrit durant l'été Quartier nègre, qui a pour cadre le canal de Panama.
Ici s'achève une période (mi-32 à mi-35) de trois années pleines à craquer de voyages et de reportages de toutes sortes. Il est remarquable que, dans cette même période d'intense activité, le romancier a trouvé le temps d'écrire dix-sept romans (dont deux Maigret).
19 décembre
Donne à Paris (salle Chopin-Pleyel) une conférence sous le titre de l'Aventure est morte... Puis, à l'hôtel P.L.M. de Combloux (Haute-Savoie), il écrit l'Assassin.
1936
Mars
Àla villa « la Lézardière » d'Anthéor (Var), écrit Chemin sans issue. Puis, ayant loué « les Tamaris » à Porquerolles, y écrit le Blanc à lunettes au printemps, puis le volumineux Testament Donadieu au cours de l'été.
Automne
Boulevard Richard-Wallace à Neuilly, se divertit à composer les neuf premières Nouvelles Enquêtes de Maigret (dont la 2e série sera écrite à La Rochelle au printemps de 1938).
8 décembre
Au théâtre Royal des Galeries Saint-Hubert à Bruxelles, création de Quartier nègre, pièce adaptée et mise en scène par l'auteur d'après son roman... Puis c'est à Igls (Tyrol), au cœur des Alpes autrichiennes, que, selon son principe de distanciation spatiale, il écrit un roman résolument maritime, les Rescapés du « Télémaque » (voir l'avant-propos de l'auteur, dans TOUT SIMENON 20, p. 852).
1937
Janvier
Les Trois Crimes de mes amis, écrit à Neuilly.
Février-mai
Aux « Tamaris » de Porquerolles, écrit en février Monsieur La Souris, au printemps l'Homme qui regardait passer les trains, et achève le 8 juin Touriste de bananes.
Août
À la faveur d'un séjour sur l'isola dei Pescatori (lac Majeur), à l'hôtel Verbano, écrit Cour d'assises.
Septembre
De retour à Neuilly, le Suspect.
Octobre
À l'hôtel de l'Europe de Port-en-Bessin (Calvados), sur les lieux mêmes de l'action (ce qui est rarissime chez lui), écrit la Marie du port.
Novembre
Écrit les Sœurs Lacroix à l'hôtel de l'Étoile de Saint-Thibault-sur-Loire (Cher), puis la Maison des sept jeunes filles à Neuilly.
24 décembre
Mort, à Tubize, de Joseph Marie Guillaume Simenon [Guillaume Mamelin dans Pedigree], 66 ans, oncle paternel de Georges.
Cette année 1937 voit paraître, avec beaucoup de retard et sans nul doute à l'insu de tous les lecteurs de Simenon, l'Ile empoisonnée et Seul parmi les gorilles, signés Christian Brulls (collection « Le Petit Roman d'aventures » chez Ferenczi).
1938
C'est l'année des nouvelles : une 2e série de dix Nouvelles Enquêtes de Maigret, quelques Nouvelles exotiques, en mai le Petit Docteur (13 nouvelles), en juin les Dossiers de l'Agence O (14 nouvelles)... Il avait auparavant écrit en mars le Cheval Blanc (aux « Tamaris ») et en avril le Coup de vague (hôtel Bonnet à Beynac, Dordogne).
* Acquiert à Nieul-sur-Mer (Charente-Inférieure) une « maison de grand-mère » ; pendant les travaux d'aménagement, loge et travaille à La Rochelle, rue Jeanne d'Albert. C'est là qu'outre les nouvelles, il écrit Chez Krull, achevé le 27 juillet.
Septembre
Achève le 27 le premier de ses neuf romans de Nieul, les Inconnus dans la maison.
Décembre
Achève le 29 le Bourgmestre de Furnes. Ce mois de décembre 1938 voit le début d'une longue correspondance avec André Gide (cinquante-six lettres inventoriées).
1939
13 janvier
Mort, à Liège, de Jean Mathieu Henri Schrooten [Jan Vermeiren dans Je me souviens..., Hubert Schroefs dans Pedigree], 73 ans, époux de la tante Louisa Brüll.
7 février
Achève l'Outlaw.
Mars
Malempin, le seul roman de l'année à n'avoir pas été écrit à Nieul, mais au château de Scharrachbergheim (Bas-Rhin).
19 avril
Naissance, à Uccle-les-Bruxelles (clinique Edith-Cavell), de Marc Jean Chrétien Simenon, fils de Georges et de Tigy... Puis séjour au château-hôtel de Tervuren, près de Bruxelles.
Mai
À Nieul-sur-Mer, baptême de Marc ; le parrain est le professeur Lucien Pautrier de Strasbourg, la marraine Edwige de Vlaminck, fille du peintre.
Septembre-décembre
À Nieul sont écrits Bergelon en septembre, Oncle Charles s'est enfermé et Il pleut, bergère... en octobre, et en décembre les Caves du Majestic (son premier « roman-Maigret » depuis plus de six ans).
1940
31 janvier
À Nieul, achève la Maison du juge et le 1er mai la Veuve Couderc.
Mai
Les armées allemandes envahissent les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. La mobilisation générale est décrétée en Belgique et le citoyen Simenon, muni de son livret militaire faute d'une tenue qu'il n'a pas retrouvée, monte à Paris se mettre à la disposition de l'ambassade de Belgique, rue de Surène. Les autorités de son pays le renvoient dans ses foyers en le nommant « haut commissaire aux réfugiés belges pour le département de Charente-Inférieure ». S'acquittant pendant trois mois de cette tâche avec un grand dévouement et beaucoup d'efficacité, il sera la véritable « cheville ouvrière » de cette entreprise de sauvetage de quelque 18 000 compatriotes : création immédiate d'un centre d'accueil belge en face de la gare de La Rochelle, lancement d'un comité d'accueil à Royan, répartition des réfugiés dans les communes voisines, etc.
9 août
Il n'y a plus un seul réfugié belge à La Rochelle. Sa mission terminée, le « haut commissaire » ferme le centre d'accueil et, le 17, envoie au préfet de Charente-Inférieure un compte rendu de mission.
Août-septembre
Dans le calme de la forêt de Mervent-Vouvant (ferme du Pont-Neuf, aujourd'hui engloutie sous les eaux d'un lac de barrage). Y achève le 7 septembre la Vérité sur Bébé Donge. Un radiologue de Fontenay-le-Comte ayant diagnostiqué (par erreur) qu'il n'en avait « plus que pour deux ou trois ans à vivre », il décide d'écrire le « Pedigree de Marc Simenon » sous la forme d'une longue lettre à son fils, qu'il rédigera de décembre 1940 à juin 1941 : ce sera Je me souviens...
Automne
Les Simenon déménagent pour Fontenay-le-Comte en Vendée (12 quai Victor Hugo, puis château de Terre-Neuve), où sept romans seront écrits : Cécile est morte en décembre...
1941
… Le Voyageur de la Toussaint en février, le Fils Cardinaud achevé le 22 juillet, Signé Picpus en été, le Rapport du gendarme en septembre... C'est en décembre qu'il achève la première partie de Pedigree (voir janvier 1943), nouvelle mouture de Je me souviens..., plus étoffée, plus dense, et surtout écrite à la troisième personne, cette fois, donc romancée, sur le conseil de son ami André Gide.
1942
* Deux romans seulement cette année-là ; Félicie est là, écrit en mai à la villa « les Peupliers » de La Faute-sur-Mer (Vendée) ; la Fenêtre des Rouet, achevé le 7 juillet à Fontenay-le-Comte.
* À la fin de l'année, déménage une nouvelle fois pour Saint-Mesmin-le-Vieux, toujours en Vendée, où il vivra jusqu'à la fin de l'Occupation.
1943
Janvier
À Saint-Mesmin, achève Pedigree, immense roman en trois parties (« À l'ombre de Saint-Nicolas », « La maison envahie » et « Quand les lampes se sont éteintes ») et 34 chapitres, plus qu'à demi-autobiographique, et que bon nombre de simenologues considèrent comme « la matrice de l'œuvre tout entière »…
Achève l'Inspecteur Cadavre le 3 mars, le Bilan Malétras le 12 mai et l'Aîné des Ferchaux le 7 décembre.
Juin
Son frère Christian vient passer une dizaine de jours à Saint-Mesmin.
1944
Février
Monte à Paris pour consulter un cardiologue et un radiologue ; rassuré pleinement par ces deux éminents spécialistes, il rentre soulagé à Saint-Mesmin.
* Encore une année à deux romans seulement (la pénurie de papier sévit, freinant la production des éditeurs) : les Noces de Poitiers l'hiver et, fin mars, la Fuite de M. Monde.
Été
C'est la Libération et, pour Simenon, une pleurésie. C'est tout à la fois comme convalescent et comme assigné à résidence (voir début 1945 et 19 juillet 1949) qu'il va passer l'automne et tout l'hiver aux Sables-d'Olonne (Vendée), d'abord à l'hôtel les Roches Noires, puis dans un appartement meublé sur le Remblai... Il n'y écrira que quelques nouvelles éparses.
Novembre
Aux Sables, exercice inhabituel pour lui, il écrit, à la demande de Sven Nielsen, une préface au roman Traqué du Norvégien Arthur Omre, que publieront en 1945 les Éditions Albert/Presses de la Cité... C'est là, en fait, le tout premier texte de Simenon à paraître dans la jeune maison d'édition que vient de fonder Sven Nielsen ; il marque le début d'une longue amitié.
1945
* L'ambassade de Belgique parvient à faire lever la mesure d'« internement administratif » qui le frappait... et, le 19 avril, le préfet de la Vendée rapporte l'arrêté d'astreinte à résidence fixe. Simenon va pouvoir quitter Les Sables-d'Olonne et bientôt partir pour Paris... et peut-être l'Amérique : « la fuite de M. Georges », en quelque sorte...
10 mai
À Saint-Mesmin, achève le Cercle des Mahé.
Fin du printemps-début de l'été
Monté à Paris, il se partage entre le Claridge et son ancien appartement de la place des Vosges, ou encore un petit hôtel de la rue de Turenne toute proche (juste pour écrire une nouvelle, la Pipe de Maigret)... escapade en Seine-et-Marne début août (sans doute à Saint-Fargeau-Ponthierry, près du Morsang de ses premiers Maigret), où il écrit au calme son dernier roman « français » pour « France-Soir », le nouveau journal de Pierre Lazareff, Maigret se fâche. Plusieurs rencontres avec Gide... Sur un banc de la place des Vosges, brève rencontre avec Christian, gravement compromis dans la collaboration depuis 1941 et qui vient d'être condamné à mort par contumace par le Conseil de guerre de Charleroi : à ce frère traqué, il conseille de s'engager dans la Légion étrangère, ce qu'il fait sous le nom de Christian Renaud... Bref voyage à Londres pour y préparer son départ vers le Nouveau Monde...
Août-septembre
À Londres, au Claridge, attend l'autorisation d'embarquer à Southampton pour les États-Unis.
5 octobre
Après une traversée de près de deux semaines sur un cargo suédois de la Cunard Line, débarque à New York avec Marc et Tigy (Boule ne pourra les rejoindre que plus tard)... ils descendent au Drake, un hôtel de Park Avenue.
Novembre
Installation à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson (Québec), dans une maison de bois près du lac.
5 novembre
Rencontre avec Denyse Ouimet, secrétaire bilingue, qu'il engage et qui sera aussitôt sa maîtresse, et plus tard sa seconde épouse et la mère de trois de ses enfants.
20 novembre
Prononce une conférence, Le romancier, à l'Institut français de New York.
4e trimestre
Parution, aux Presses de la Cité, de Je me souviens..., le premier des 144 titres publiés par cet éditeur.

